Octobre 1917 - GAN - Offensive de la Malmaison - Extraits des Mémoires de Franchet d'Espèrey
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20 Octobre - Beau temps mais brouillard. Le matin je vais à Courville rencontrer Maud'Huy dont les rapports influencent son commandant d'armée. Il a près de lui de très bons officiers, Fiévet et Vaulgrenant, mais qui sont calmes et tristes. Maud'Huy qui a perdu son fils aîné a besoin d'être égayé. La brume retarde les réglages d'artillerie. Le commandant de l'artillerie divisionnaire 22 demande à partir; le remplacer d'urgence par Baratier ou Vasseur; il faut nous débarrasser des trembleurs. La 61e D.I., bonne division bien commandée par Modelon, va arriver en réserve à Chassemy.
Je vois ensuite Deligny et à Brenelle, Savy.
Rentré à Vic, deux officiers japonais à déjeuner. D'après le 2e bureau, les Boches ont été renforcés sensiblement. En première ligne 14e, 13e, 2e et 5e Grenadiers; en soutien, 22e, 43e, 4e Grenadiers; en réserve 52e et 9e.
Sur la demande de Maistre, provoquée par l'insistance de Maud'Huy, j'ai décidé de prolonger de deux jours la préparation de l'artillerie. Le jour J passe au dimanche 23 Octobre; l'heure sera fixée le dimanche par Maistre qui se lèvera assez tôt pour déterminer le moment où les hommes pourront voir assez jour pour se guider.
A l'artillerie divisionnaire 21, le 51e d'artillerie a cinq éclatements de 75. Ces accidents avaient à peu près cessé.

Croquis
GAN - Attaque de flanc et de face du fort de La Malmaison sur le Chemin des Dames par la VIe armée du Gal. Maistre le 23 Octobre 1917

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21 Octobre - Continuation de la préparation de l'artillerie qui fait fureur: le 21e corps demande de tirer sur la tranchée du Lézard; le 11e corps sur les abris en bas de la lisière Nord du bois de la Garenne; le 14e corps sur le bois des Gobineaux et les pentes de Saint-Guillain.
Nos avions ont fort à faire ; ils doivent profiter de toutes les éclaircies.
La creute du projecteur doit être désinfectée car elle est pleine de gaz. Les Allemands tirent sur Soissons 40 coups de 240 sans résultat.

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22 Octobre - Brouillard, un peu de pluie fine le matin. Je passe à Soissons où hier au moment du bombardement par 240, Mademoiselle Saint-Paul, une de nos dévouées infirmières, a été blessée par un éclat de vitre. A la 43e D.I., au P.C. Lorette près de Vauxelles, j'entends notre artillerie qui fait rage, faible réaction allemande. Hier, les Allemands auraient eu sur ce front 19 désertions et on vient de prendre un officier avec neuf grenadiers du 4e régiment de la 2e division de la Garde.
Je vais ensuite à Belleu. L'attaque a été fixée à demain, 5 h45.
Je trouve tout l'E.M. en révolution, le capitaine Picherie, chef du service radiotélégraphique, vient de surprendre un télégramme sans fil allemand : “Alerte, l'attaque aura lieu demain à 5h45”. Et Maistre n'est pas là ; il est allé voir Degoutte et prendre auprès de lui une dose d'encouragement. J'attends sa rentrée, nous décidons d'avancer l'heure de l'attaque d'une demi-heure pour éviter les tirs de contre-préparation. On partira à 5 h. 15 ; il fera encore sombre, mais j'estime que c'est préférabe.

Cote99
IIIe Armée - Cote 99 face à St Quentin - 16 Juin - Gal Pershing, Gal d'Espèrey, Cel Harbord devant jumelles sur trépied, Cne de Suzamet (interprète), Cel Peltier (chef MMF auprès CEA) assis sur sacs de sable

A Vic-sur-Aisne m'arrive pour dîner le général Pershing, le colonel Harbord, son chef d'état-major, le colonel Parker, le capitaine Boyd son aide de camp et le lieutenant-colonel de Chambrun qui a remplacé Peltier (chef de la Mission Militaire Française auprès de l'EM du Corps Expéditionnaire Américain). Le G.Q.G. me les envoie pour qu'ils se rendent compte de la conduite d'une grande offensive à l'échelon groupe d'armées. Après dîner, je leur explique mon plan d'opérations en détail, et la connaissance que nous avons des forces et des positions ennemies.

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23 Octobre - A 5h15, les 14e, 21e, 11e corps se portent à l'attaque. Chacun a quatre divisions, deux en ligne, deux en soutien. L'attaque est flanquée à droite par la 67e D.I. du 39e corps et à gauche par la 5e division du 14e corps.
J'emmène Pershing (voir annexe) voir la situation car je n'ai plus rien à faire, les dés sont lancés. Nous croisons d'abord des lots de prisonniers. Je le conduis au fort de Condé (voir emploi; voir détails) où nous avons une bonne vue et d'excellentes liaisons téléphoniques avec Belleu. Tout va bien.
Le brouillard et quelques averses gênent l'action de nos avions. Déjeuner dans une casemate. Nous allons ensuite au P.C. de la 27e D.I., général Roux. Nous suivons ensuite à pied la route de Pinon jusqu'à l'embranchement avec le Chemin des Dames.

AVIATIK
D'Espèrey examine le flanc de l'avion boche, un AVIATIK type L.V.G.

Près du moulin de Laffaux, je passe à côté d'un avion boche abattu. L'ennemi pour couvrir sa retraite tire en l'air ; des balles sifflent à nos oreilles. Pershing et ses compagnons sont enchantés. Tout à bien marché, du moins de notre côté, le seul accroc est à la 66e D.I.
Je charge Pershing de faire un rapport à Pétain. Il arrive à Compiègne encore sous l'impression du combat. Pétain le réfrigère en lui disant avec son air le plus glacial : “Je reçois des renseignements par téléphone tous les quarts d'heure.”

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24 Octobre - Félicitations à Maistre qui a rejeté de côté toutes ses hésitations et qui voudrait continuer son avance, mais Pétain nous a donné des ordres formels. Je vais visiter l'ambulance de Vasseny entre Braine et Soissons ; j'y trouve bien des connaissances de la 66e D.I. qui a été assez secouée. Le commandant Hubert-Caste, fils du général est tué. Je vois Luc de Pierrefeu, Puvis de Chavanne, le commandant Frère du 6e B.C.P., un ancien capitaine du 1er de ligne que j'ai nommé chef de bataillon; il a été blessé à la cuisse par une balle en séton. La 66e D.I. avait en face d'elle les 154e, 7e, 20e et 34e régiment de la Garde. Ils sont partis dans l'obscurité; comme c'était une division composée de bataillons de chasseurs, chacun avait son secteur d'attaque et des mélanges d'unités se sont produits dans l'obscurité du départ.

 

25 Octobre - Mauvais temps. Anniversaire de la mort de mon fils. A 8h, messe commémorative. N'y assistent que les officiers et les hommes qui l'ont connu.
Nous continuons à progresser et bordons le canal de l'Ailette. Dans l'après-midi, je vais à Crouy voir Marjoulet. Maistre m'y rejoint et j'arrête la combinaison de la VIe armée avec la Xe armée qui est à ma gauche. Nous passons par le fort de Condé où nous voyons Degoutte et à Belleu où nous trouvons Pétain. Il approuve mes projets.
Deligny nous téléphone la prise de Pargny-Fillain : 2.000 prisonniers ; cela fait en tout 11.000 prisonniers dont 200 officiers et 3 colonels.

 

30 Octobre - Le soir, je vais à la ferme de la Malmaison. La division Guyot de Salins est remplacée par la division Modelon.

Ferme
Ferme de la Malmaison le 30 Octobre 1917

Je trouve Besson à la tête du 4e Zouaves, le bataillon est commandé par Giraud qui a commencé la guerre comme capitaine dans ce régiment. Roux du 264e arrive avec son régiment pour la relève.
Je monte dans une cheminée d'aération où il y a quelques crampons, je vois très bien Laon, sa cathédrale et notre artillerie lourde à grande puissance qui tire sur la gare.
A côté des Zouaves, se trouve le R.I.C.M. avec Debailleul. Ils ont été enchantés des mortiers de 81mm Stokes et demandent à les conserver. Gallois avec le 219e est dans le chemin creux voisin attendant la nuit pour la relève. En rentrant, décision pénible, il faut choisir les régiments à dissoudre.

 

31 Octobre - Assez beau. Je vais à Noyon à la réunion des commandants de C.A. de la IIIe armée en passant par Blérancourt. On parle des attaques possibles pour compléter les succès de la VIe armée.
Retour avec Féraud par Coucy où nous voyons de Rascas et Rey ; étude de la situation; Brécard à St. Aubin, Durand à Folembray.
En rentrant à Vic je trouve une note de la VIe armée me donnant les résultats de l'offensive du 23 au 27 Octobre : 11.558 prisonniers valides dont 337 officiers, 200 canons, 222 minenwerfer, 720 mitrailleuses.

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