1889 - 1897: Création du musée de l’Armée par deux peintres et deux généraux

Le site du futur musée d’Histoire de France que le Président de la République, Nicolas Sarkozy, souhaite voir accueilli par “un lieu emblématique de notre histoire”, se précise. Jean-Pierre Rioux, historien chargé de réfléchir au projet, suggère l’hôtel des Invalides (Napoléon) ou le château de Fontainebleau (François Ier, Henri II, Henri IV, Pie VII, Napoléon); le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, propose de choisir Fontainebleau.
Le site possible évoqué des Invalides pour un musée d’Histoire de France incite à retracer le “pourquoi” de la création en 1897 du musée de l’Armée en ce lieu.
En 1889, le capitaine Franchet d’Espèrey assiste à la naissance de l’idée de ce musée alors que, capitaine à l’Etat-Major de l’armée à Paris, il visite les salles de l’Exposition du centenaire de la Révolution consacrées à une rétrospective des armées. Ses archives très complètes de maréchal permettent aujourd'hui de retrouver la genèse et les détails de la création du musée grâce à leurs coupures de journaux - Petit Journal, L'Éclair, Le Temps ... - se rapportant de 1889 à 1913 aux problèmes militaires du moment et à la création du musée de l’Armée en particulier (*).
De plus, en 1905, le colonel d’Espèrey met dans sa bibliothèque les “Lettres de campagne 1854 - 1867” du premier directeur du musée, le général Vanson. La préface de cet ouvrage écrite par le commandant Boppe, collaborateur du général au Carnet de la Sabretache, apporte un éclairage très précis sur ce directeur et ce musée.


Meissonier - Extrait du Larousse de 1922

En 1889, Ernest Meissonier, le peintre de “1807”, “1815”, “Napoléon à Solférino”, veut pérenniser les salles qu'il a réalisées pour l’Exposition du centenaire de la Révolution et qui sont consacrées à une rétrospective de l'armée française ( voir "Petit Journal", 7 Juillet 1889) de Jeanne d'Arc à la guerre de 1870 .
L’union faisant la force, il a regroupé autour de lui des amis - artistes, écrivains, officiers -, partageant cette même idée: l’art est une des bases de la mémoire de l’Histoire.
Il peut donc proposer à M. de Freycinet, ministre de la Guerre, la création d’un musée de l’Armée . En 1891, il meurt, en léguant à son groupe d'amis ses collections de souvenirs militaires (Révolution, Empire) à condition d'en former un musée qui devrait prendre place aux Invalides (voir "Le Temps", 1897 et 1913) .


Detaille - Extrait du Larousse de 1922

Cette idée de musée ( voir "Petit Journal", 7 Juillet 1889) est bien sûr soutenue par l’auteur de “Bonaparte en Egypte”, son élève Edouard Detaille, devenu président du groupe formé par Meissonier qui a pris le nom de La Sabretache et dont l’organe de liaison est le Carnet de la Sabretache.
Le but de cette société est de faire revivre les anciennes armées françaises avec leurs chefs, leurs soldats et leurs traditions grâce à l’Art qui s’exprime par ce qui se voit (emblèmes, uniformes, armes, tableaux, estampes, sculptures, figurines) et par ce qui s’entend (chansons et musiques). L’art peut transmettre ainsi l’histoire de ces armées aux générations futures, pour peu que le musée leur donne l'envie et la curiosité de le visiter.
En 1897, Detaille remarque que l’hôtel des Invalides s’est vidé en grande partie de ses vétérans et qu' un ancien réfectoire (voir "Le Temps", 1897) inutilisé offre désormais un espace disponible pour un musée de l’Armée , “reflet de sa destination première”, qui pourrait compléter le musée d’Artillerie déjà implanté sur place.
Il réussit à faire accepter cette idée par le général Billot, ministre de la Guerre; cette même année, le Président de la République, Félix Faure, signe le décret (voir "Le Temps", Février 1913) créant le Musée historique de l’Armée sur le site de l’hôtel des Invalides.


Émile Vanson, sous-lieutenant élève à l’école d’état-major
Portrait fait par Ch. Bour en 1853, extrait de “Crimée, Italie, Mexique - Lettres de campagne 1854 - 1867”

Le 12 Juillet 1897, Félix Faure, accompagné du général Billot, inaugure le musée de l’Armée ( voir "L'Éclair", 12 Juillet 1897) en présence du général Vanson (Saint-Cyr 1849 - 1851), son directeur qui l’a organisé avec l’ardeur du cavalier assidu (**) jointe à la passion de l’artiste et du collectionneur d’estampes militaires.
En effet, le don qu'il a de pouvoir “tirer le portrait” précisément et l’opportunité de faire campagne en Crimée (1854 - 1856, EM du général de Failly, 2e brigade (20e et 27e de ligne)), en Italie (Avril à Août 1859, EM du maréchal Canrobert, commandant le 3e corps de l’armée d’Italie) et au Mexique (1865 - 1867, EM du maréchal Bazaine, commandant en chef) ont offert l’occasion à Vanson de réaliser de très nombreux croquis tout en acquérant les estampes et les uniformes qui l'intéressent.
Après la capitulation de Metz en Juillet 1870, son séjour forcé à Bonn comme prisonnier de guerre en compagnie des officiers du quartier général de l’armée du Rhin, son affectation à l’état-major du ministre de la Guerre en Juillet 1871 puis son passage de 1874 à 1880 à la tête du 2e bureau de l’Etat-major général en charge de diffuser dans l’armée, par la Revue militaire de l’Étranger , la connaissance de l’organisation, de la tactique et des théâtres d’opérations des armées étrangères, lui ont permis de nouer des contacts intéressants tout en travaillant concrètement aux réformes entreprises.
La direction du musée de l'Armée est donc pour le général Vanson un plaisir et pour le ministre de la Guerre une assurance de réussite.

En Juillet 1905, le Président de la République, Émile Loubet, signe le décret fusionnant les musées de l’Armée et de l’Artillerie ( voir "Petit Journal", 8 Décembre 1905) sous la direction du général Niox assisté d’un conseil de perfectionnement rassemblant des membres, nommés par le ministre de la Guerre, aux compétences complémentaires dans les domaines artistique, historique et militaire. Cette année là, ce général exprime même le désir de pouvoir accueillir aux Invalides le musée de la Marine , alors exilé au Louvre, et d’y ajouter un musée des Colonies .

Dès lors, le musée s’enrichit régulièrement jusqu’à nos jours avec la création de nouvelles salles ( voir "L'Éclair","Le Figaro", Juillet 1911).
En 2000, le plan de modernisation ATHENA (Armes, Techniques, Histoire, Emblèmes, Nations, Armée), prévu en plusieurs phases, débute; l'Historial Charles de Gaulle qui présente l'épopée “dématérialisée” et “interactive” du Général , c'est à dire uniquement sous forme de données numériques (images, sons), est une de ses nombreuses réalisations.

Les créateurs du musée de l’Armée - les peintres Meissonier et Detaille, les généraux Billot et Vanson - peuvent se réjouir de leur idée et du résultat de leur travail initial, car cette “salle d’honneur de l’armée française”, selon l’expression utilisée par le général Billot le jour de l’inauguration, a accueilli en 2008, d’après les chiffres donnés en Juin 2009 par son directeur actuel le général Bresse, environ 1.300.000 visiteurs se répartissant par quart de la manière suivante au niveau des nationalités: France (400.000), Etats-Unis (300.000), groupe Grande-Bretagne Espagne Italie Allemagne (300.000), groupe “autres pays” (266.000).
A titre de comparaison, la tour Eiffel, le site le plus visité de France reçoit en moyenne 7.000.000 de touristes par an.

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* Voir les extraits des coupures de journaux (1889, 1897, 1905, 1911, 1913) en cliquant dessus:


** Sorti de Saint-Cyr avec le numéro 16, le sous-lieutenant Vanson choisit la spécialité “État-Major”; à la sortie de l’école correspondante, promu lieutenant d’État-Major, il lui reste à effectuer trois stages sur cinq ans: infanterie (2 ans), cavalerie (2 ans), artillerie (1 an); à cet effet, en 1853, il choisit le 20e de ligne en garnison à Sétif qu’il rejoint à Gallipoli (campagne de Crimée) et au camp de Boulahir, il a le plaisir d’annoncer à ses parents:”Je vous écris, assis à la porte de ma tente, sur le tapis de mon cheval (de selle, car j’en ai deux), ayant mes bêtes au piquet à dix pas de moi...Dimanche dernier, ...j’ai voltigé agréablement sur mon petit cheval pour porter les ordres de tous les côtés”.

CDG:-)

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christian.degastines@orange.fr

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